Histoire de la médecine traditionnelle chinoise
Des origines mythiques aux grandes écoles médicales.

L’histoire de la médecine traditionnelle chinoise s’étend des souverains mythiques aux grandes synthèses cliniques des dynasties impériales. Elle éclaire l’apparition progressive de l’acupuncture, de la pharmacopée, du diagnostic par le pouls, des théories du froid et des maladies fébriles, ainsi que la formation des principales écoles médicales chinoises.
Cette chronologie présente les figures et les textes qui ont structuré la médecine chinoise, tout en distinguant les récits fondateurs de l’histoire documentée.
Repères chronologiques
1 Les origines mythiques de la médecine chinoise
Entre -2800 et -2500 avant J.-C., trois personnages mythiques incarnent les fondements de la médecine chinoise.
Fu Xi et les Neuf aiguilles

Fu Xi, représentation traditionnelle — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Fu Xi façonne la société chinoise : il institue le mariage, invente les trigrammes et transmet les Neuf aiguilles. Ces instruments témoignent d’une tolérance à la douleur très élevée chez les Anciens, au regard de leur taille et de leur circonférence. Certains servaient probablement à de petits actes chirurgicaux. Seule l’aiguille longue se rapproche des aiguilles d’acupuncture actuelles.
Dans les représentations traditionnelles, Fu Xi apparaît avec un corps à la fois féminin et masculin, entrelacé avec celui de Nüwa, symbolisant l’union parfaite du Yin et du Yang.
Shen Nong et la naissance de la pharmacopée chinoise

Shen Nong, représentation traditionnelle — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Shen Nong, le Divin Laboureur, est connu pour avoir testé un très grand nombre de plantes afin d’en comprendre les effets thérapeutiques. La tradition rapporte qu’il goûtait jusqu’à cent plantes par jour. Lorsqu’il tombait malade en raison de leur toxicité, il observait par introspection les effets sur son corps et identifiait les organes atteints, avant de trouver une plante antidote.
Il est considéré comme l’inventeur de l’agriculture, du filet de pêche, et serait mort des suites de la toxicité excessive d’une plante.
Huang Di et le Huangdi Neijing

Huang Di, l’Empereur Jaune, représentation traditionnelle — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Huang Di, l’Empereur Jaune, aurait transmis l’ensemble des bases théoriques de la médecine chinoise : le Yin-Yang, les Cinq Mouvements, les méridiens, les fonctions énergétiques des organes, la pathologie, le diagnostic et les traitements.
Ces connaissances sont consignées dans le Huangdi Neijing (Classique interne de l’Empereur Jaune). Le terme interne laisse supposer l’existence d’un Classique externe, aujourd’hui perdu.
Le Neijing se compose de deux parties :
- Su Wen (Questions simples) : exposé des grandes théories médicales
- Ling Shu (Pivot spirituel) : présentation des méridiens et de l’acupuncture
2 De la médecine magique à une médecine fondée sur les lois naturelles
Si les origines mythiques structurent la tradition, la médecine chinoise s’est surtout développée par l’expérience, face aux blessures et aux maladies.
À cette époque, les soins sont assurés par des sorciers-médecins, comme l’indique la graphie ancienne du caractère médecine sous la dynastie Shang. Les maladies, la naissance, la vieillesse et la mort sont alors attribuées aux esprits.
Yi He et la théorie des Six influences

Consultation médicale chinoise, illustration symbolique de la section consacrée à Yi He (il ne s’agit pas d’un portrait de Yi He) — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Vers -1200 av. J.-C., le médecin de cour Yi He affirme que les maladies ne proviennent pas des dieux, mais de règles naturelles. Il identifie six influences :
- vent
- pluie
- clarté
- obscurité
- yin
- yang
Le vent symbolise le mouvement (yang), la pluie l’humidité nourrissante (yin), la clarté la chaleur (yang), l’obscurité le repos (yin). Yi He introduit une vision holistique de l’univers, qu’il nomme le « moteur céleste ».
Lorsque ces influences sont excessives, elles deviennent pathogènes. Le concept d’excès devient alors central et annonce les six facteurs climatiques : vent, froid, chaleur estivale, humidité, sécheresse et feu.
Yi He incarne ainsi le passage d’une médecine magique à une médecine intuitive et rationnelle.
3 Bian Que et les premiers médecins historiques
Bian Que et l’art du diagnostic

Bian Que, représentation traditionnelle — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Considéré comme le premier médecin historique, Bian Que aurait développé une perception exceptionnelle lui permettant de voir les maladies à l’intérieur du corps. Pour éviter d’être pris pour un charlatan, il fonde son diagnostic sur le pouls et l’observation de la langue.
Son approche visionnaire du diagnostic influence durablement la médecine chinoise. Il s’adapte aux régions qu’il traverse : gynécologue, pédiatre, gérontologue. Selon les récits traditionnels, il aurait été assassiné par un médecin rival jaloux de sa renommée.
Le Shennong Bencao Jing, premier grand classique de pharmacopée
Compilé progressivement sous la dynastie Han, le Shennong Bencao Jing constitue le premier grand classique de pharmacopée chinoise. Avant la dynastie Han, les plantes étaient souvent appelées du, « poison ». La tradition chinoise conserve cette prudence dans l’adage : « Tout médicament comporte trois parts de toxicité. »
4 Zhang Zhongjing et le Shang Han Lun

Zhang Zhongjing, représentation traditionnelle — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Zhang Zhongjing (vers 150–219) vit à une époque marquée par de grandes vagues de froid. Les deux tiers de sa famille meurent de maladies liées au froid, ce qui motive son engagement médical.
Il rédige le Shang Han Za Bing Lun, traité majeur combinant théorie et pratique clinique. L’ouvrage sera ultérieurement divisé en :
- Shang Han Lun (Traité des attaques de froid)
- Jin Kui Yao Lue (Essentiel du Coffre d’or)
5 Hua Tuo, pionnier de la chirurgie et de l’anesthésie

Hua Tuo, représentation traditionnelle — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Hua Tuo (vers 145–208) est célèbre pour la création du Ma Fei San, un puissant anesthésique. Il pratique des interventions chirurgicales avancées (incisions, sutures, drainages).
Médecin personnel de Cao Cao, il est emprisonné puis exécuté. Ses écrits disparaissent.
6 Les grands maîtres de l’acupuncture et de l’éthique médicale
Huangfu Mi et le Zhen Jiu Jia Yi Jing

Huangfu Mi, représentation traditionnelle — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Auteur du Zhen Jiu Jia Yi Jing, premier grand classique systématique d’acupuncture et de moxibustion.
Sun Simiao et l’éthique médicale

Sun Simiao, représentation traditionnelle — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Médecin emblématique de la dynastie Tang, Sun Simiao aurait vécu de 581 à 682 selon la chronologie traditionnelle, atteignant ainsi environ 101 ans. Il rédige le serment d’Hippocrate chinois et insiste sur l’éthique médicale.
Dong Feng et l’art des abricotiers
À l’origine de l’expression « l’art des abricotiers », symbole de la médecine chinoise altruiste.
Wang Weiyi et l’Homme de bronze

Planche illustrant la localisation du point gaohuang, extraite du manuel d’acupuncture de Wang Weiyi (1443) — il ne s’agit pas d’un portrait — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Créateur de l’homme de bronze, outil pédagogique majeur de l’acupuncture, et auteur du premier manuel standardisé illustré.
Song Ci et la naissance de la médecine légale

Diagramme du corps humain, planche d’une édition du XIXe siècle du traité de médecine légale fondé par Song Ci — il ne s’agit pas d’un portrait — Wikimedia Commons / Wellcome Collection
Père de la médecine légale, auteur du premier traité médico-légal de l’histoire.
7 Les quatre grands médecins des dynasties Jin et Yuan
Liu Wansu et l’école de la chaleur pathogène

Liu Wansu, représentation traditionnelle — Wikimedia Commons
Liu Wansu : école de la chaleur pathogène
Zhang Congzheng et l’école de l’expulsion
Zhang Congzheng : école de la purge et de l’élimination
Li Dongyuan et l’école de la Rate
Li Dongyuan : école de la tonification de la rate
Zhu Danxi et la nutrition du Yin
Zhu Danxi : école de la nutrition du Yin
Ces écoles marquent un tournant vers une compréhension plus interne des maladies.
8 Li Shizhen et le Bencao Gangmu

Li Shizhen, portrait traditionnel — Wikimedia Commons
Sous les Ming, Li Shizhen consacre 27 ans à compiler plus de 800 ouvrages pour rédiger le Bencao Gangmu, l’une des plus grandes encyclopédies médicales de l’histoire. Le Bencao Gangmu devint une référence majeure de la pharmacopée chinoise. Charles Darwin le mentionna comme une ancienne encyclopédie chinoise.
9 Ye Tianshi et l’école des maladies fébriles Wen Bing

Ye Tianshi, portrait traditionnel — Wikimedia Commons
Avec les dynasties Ming et Qing, les maladies épidémiques augmentent. Ye Tian Shi développe la théorie des quatre niveaux (Wei, Qi, Ying, Xue), fondement de l’approche moderne des maladies fébriles.
Une médecine vivante en constante adaptation
Cette traversée historique montre que la médecine traditionnelle chinoise est une médecine vivante, en constante adaptation. Connaître ses racines permet de mieux comprendre ses orientations actuelles et son évolution future.
Il est essentiel de savoir d’où l’on vient pour comprendre où l’on va.
Questions fréquentes sur l’histoire de la médecine chinoise
Qui est considéré comme le fondateur de la médecine chinoise ?
La tradition associe ses fondements à trois figures mythiques : Fu Xi pour les Neuf aiguilles, Shen Nong pour les plantes médicinales et Huang Di pour les grandes théories consignées dans le Huangdi Neijing.
Quel est le plus ancien texte majeur de médecine chinoise ?
Le Huangdi Neijing constitue le grand texte fondateur de la théorie médicale chinoise. Sa rédaction résulte toutefois de strates successives plutôt que de l’œuvre d’un auteur unique.
Pourquoi Zhang Zhongjing est-il si important ?
Son Shang Han Za Bing Lun articule théorie, diagnostic différentiel et prescriptions. Il est à l’origine du Shang Han Lun et du Jin Kui Yao Lue, deux références majeures de la clinique traditionnelle.
Qui a développé l’enseignement de l’acupuncture avec un homme de bronze ?
Sous la dynastie Song, Wang Weiyi a contribué à standardiser les points d’acupuncture grâce à des modèles humains en bronze et à un manuel illustré.
Que représentent les quatre grands médecins des dynasties Jin et Yuan ?
Ils incarnent quatre orientations majeures : la chaleur pathogène avec Liu Wansu, l’expulsion avec Zhang Congzheng, la Rate et l’Estomac avec Li Dongyuan, et la nutrition du Yin avec Zhu Danxi.
Pour aller plus loin
À propos de l'auteur
Thomas Morillon
Praticien en médecine traditionnelle chinoise à Genève
Formé pendant cinq années à l'Université de médecine traditionnelle chinoise de Shanghai, Thomas Morillon pratique l'acupuncture, la pharmacopée chinoise, la diététique chinoise et le Qi Gong à Genève.
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